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CINQ RÉFLEXIONS SUR LE FRONT NATIONAL ( fin)

 

Les raisons de combattre le FN

 5ème partie

 

Les adhérents du FN ont des origines diverses. Outre les membres issus de mouvements classés à l’extrême droite historique - mouvement Occident, Ordre Nouveau, GUD, les plus nombreux viennent de la droite classique, d’autres de la gauche et du Parti Communiste. Mais, au-delà de ces distinctions, il reste que le FN engrange non seulement une forte déception - devenue une colère devant l’incurie des partis au pouvoir depuis trente ans en France – mais aussi une attente. Essayons  d’anticiper l’évolution de ce parti dans l’avenir proche.

1- Le FN : plutôt vichyste que fasciste ?

Si l'on s'en tient au programme et aux discours actuels du FN, rien ne justifie de le qualifier de parti fasciste. Toutefois, l'historique de ce parti, ses relations dans les milieux néo-nazis européens, ses idées conservatrices, ultra-sécuritaires et xénophobes rappellent étrangement celles du régime de Vichy. Aussi, il semble que l'on puisse craindre qu'en cas de troubles majeurs pour lui - agitation révolutionnaire par exemple- il ne pactise avec le totalitarisme des puissances d'argent qui gouvernent l'UE - lesquelles ne manqueront pas de vouloir rétablir l'ordre libéral à tout prix- tout comme le régime de Vichy a collaboré avec l'Allemagne nazie.

L’attitude constante des partis politiques adversaires du FN se résume généralement à le considérer comme un parti fasciste. Cette diabolisation est souvent une simple manœuvre tactique de la part de dirigeants qui veulent ainsi camoufler leur responsabilité en évitant les questions dérangeantes. François Mitterrand fut un expert dans cette tactique politicienne destinée à affaiblir la droite classique en permettant au FN en 1986 de trouver une légitimité parlementaire en instituant le vote proportionnel. Mais elle est aussi, dans certaines circonstances, l’expression de craintes sincères de citoyens, parmi les moins jeunes, qui ont connu dans le prolongement des années trente, les effets catastrophiques des totalitarismes d’extrême droite en Europe. Cette crainte n’est donc pas totalement infondée. Elle repose sur ce que l’on nomme par euphémisme les « dérapages » du verbe lepéniste qui vont du « détail » des chambres à gaz jusqu’au « Durafour-crématoire » en passant par l’usage répété de propos antisémites. Elle vient aussi de divers éléments présents dans la terminologie du FN qui caractérisent son héritage de la droite extrême: l’hostilité envers l’ensemble de la classe politique présentée comme intrinsèquement malhonnête et corrompue, l’affirmation d’une identité nationale s’opposant à l’égalité, la volonté de forger une nouvelle élite, l’exaltation d’un État fort ramené à ses fonctions régaliennes. Elle s’appuie enfin sur un constat indéniable : le FN est un parti xénophobe et discriminant. Cela s’est vu dans son histoire récente avec, en 1995, les municipalités d’Orange, de Toulon et de Marignane – puis Vitrolles en 1997 – conquises par l’extrême droite et les dégâts qui s’en sont suivis. Car, à peine installées, ces municipalités frontistes ont révélé leur vrai visage : censure culturelle dans les bibliothèques, mutations et sanctions arbitraires dans le personnel municipal, refus de délivrer des certificats administratifs aux immigrés et pratiques discriminatoires en tous genres qui sont d’ailleurs généralement annulées par la justice pour leur caractère anticonstitutionnel, islamophobie déguisée en principe laïc.

 La nouvelle sociologie du FN

Mais il faut reconnaître que présenter le FN comme un parti où d'anciens de l'OAS se chamaillent avec des pétainistes à moustaches n’est plus conforme à la réalité. L’âge des élus frontistes, par exemple, montre que la « jeunesse » est devenue une question centrale pour le parti-entreprise des Le Pen-Maréchal. Ainsi, à l'Assemblée Nationale, le benjamin des élus de la Nation n'est autre qu'une benjamine, petite-fille de Jean-Marie Le Pen, étudiante en droit de 24 ans. Les mairies FN aussi ont été rajeunies : Joris Hébrard, masseur-kinésithérapeute inconnu, de 31 ans, a remporté Le Pontet, ville toute proche d'Avignon. Julien Sanchez, 30 ans, est arrivé en tête à Beaucaire. A côté de Forbach, Fabien Engelmann, 34 ans, s'est emparé de Hayange. Enfin à Mantes-la-Ville, devenue la première ville tenue par le FN en Île-de-France, c'est Cyril Nauth, 32 ans, qui a ravi la commune à la maire socialiste sortante. Cette nouvelle stratégie permet au F.N. de mettre en avant de nouvelles figures, de nouveaux discours, plus policés, qui ont l'avantage de masquer un fourre-tout idéologique qui ne s'encombre plus de cohérence. Aujourd'hui au Front National, Florian Philippot promet que son programme ne prévoit plus de revenir sur la loi Weil de 1975 légalisant le droit à l’avortement ; au FN on peut citer Jaurès, se déclarer défenseur du service public, de la Sécu, être homosexuel et se faire l'apôtre du programme du Conseil National de la Résistance, sans que personne ne trouve ouvertement à redire…

Certes, nous avons vu que l' « ADN » du FN, son histoire, sont à l'exact opposé. Mais le parti de Marine Le Pen n’a pas le monopole du flou idéologique. Le “sarkozisme” a lui aussi construit son corpus idéologique sur un discours plein de confusions, empruntant à l’extrême droite une bonne partie de ses réparties et de ses postures, validant du coup ses idées nauséabondes d'une caution présidentielle. Et aujourd'hui, c'est le  “Hollandisme”, qui rappelle qu'on peut se faire élire avec un discours présentant l’oligarchie financière comme l’ennemi et s’empresser, une fois élu, de s’y soumettre.

Ceux qui à « gauche de la gauche » feignent d’avoir si peur du FN et de la contagion de ses idées devraient cesser de faire sa publicité et s’occuper vraiment de combattre les reculs sociaux, les privatisations, le pillage des finances publiques, les dénis de démocratie émanant de l’UE, l’étranglement de la Grèce, l’exploitation et la manipulation du terrorisme, la surveillance généralisée sur Internet, les guerres impérialistes déchaînées par les Américains et leurs vassaux qui pratiquent ouvertement la torture, les assassinats d’opposants, et les massacres de migrants. Le FN ne joue aucun rôle dans tout cela. Il rêve sans doute d’y participer mais les forces économiques et impérialistes qui nous gouvernent n’ont pas besoin de lui, pour l’instant, dans un autre rôle que celui d’opposant de pacotille.

 Un héritage vichyste

Si, au MS21, nous n’assimilons pas actuellement  le FN au fascisme, nous considérons que ce parti est bel et bien porteur de l’héritage vichyste. Toutes les idées et les obsessions de la droite radicale qui ont fusionné en 1940 dans le gouvernement de Vichy se retrouvent encore aujourd’hui dans la synthèse lepéniste. Comme à Vichy, au temps des « illusions » qui a précédé l’alignement pur et simple sur le Reich, on se propose au FN de donner un coup d’arrêt à la décadence française par un retour aux valeurs traditionnelles, en jouant des peurs récurrentes d’une société en crise et en alimentant la xénophobie. Comme sous Vichy, l’ordre politique idéal du FN est celui de l’ordre naturel aux hiérarchies immuables, enraciné dans ses traditions et ses spécificités ethniques et civilisationnelles. Comme sous Vichy, l’État prôné par le FN est un État fort, réduit à ses fonctions régaliennes (justice, police, armée, diplomatie), et censé ne pas empiéter sur les droits de groupes corporatistes constitués (ordre des médecins, ordre des architectes…) .

Cet héritage apparaît d’ailleurs clairement dans le voisinage que le FN entretient depuis sa fondation, en France et aussi à l’étranger, avec les nostalgiques de la collaboration. Même si Jean Marie Le Pen n’est plus aujourd’hui le chef incontesté de ce parti dont il a été exclu en août 2015, son nom seul permet encore à une jeune femme de 25 ans de briguer la direction d’une région. On est donc en droit de rappeler qu’en évoquant « le point de détail » des chambres à gaz, en banalisant les crimes nazis, en disant que le cas de Klaus Barbie ne l’intéressait pas plus que celui de  « tous les autres Français », l’ancien député poujadiste a poursuivi pendant quarante ans au sein de son parti un but précis qui a été de réhabiliter Vichy et de légitimer la tradition politique qui s’y rattache. Il faut situer dans cette perspective la caution apportée par J.-M. Le Pen et Bruno Gollnisch aux thèses révisionnistes, aux chantres de l’apartheid, aux rédacteurs de tracts antisémites qui sévissaient à la fin des années 90 sur le campus de l’université Lyon III.

La caractérisation vichyste que nous avons retenue prend aussi toute sa signification quand on prend le temps de lister les thèmes de campagne auxquelles le FN a participé activement ces trente dernières années. En effet le fameux triptyque pétainiste « Travail Famille Patrie », auquel il faudrait adjoindre le christianisme radical, apparaît bien comme la boussole indépassable de ce parti. On citera les campagnes contre la culture jugée blasphématoire (« Je vous salue marie » de JL Godard ou « la dernière tentation du Christ » de M Scorsese), celle contre les médias accusés de pervertir la jeunesse ( notamment en faisant, selon eux, l’apologie de l’homosexualité ou en prônant l’usage du préservatif), celle contre le PACS et plus récemment contre le mariage pour tous, celle contre la célébration des accords d’Evian .

 Des affinités troubles

Dans le même ordre de comparaison, le FN c’est enfin l’affichage décomplexé d’affinités édifiantes avec des alliés aux idéologies qui renvoient aux pages sombres de l’émergence des totalitarismes en Europe et dans le monde. J M le Pen n’a jamais caché  son admiration pour Salazar, Franco et Pinochet. Aujourd’hui parmi ces partis alliés, il y a le FPO, le parti autrichien de Jorg Haider qui a fusionné jadis avec l’Union des indépendants, créée pour recycler d’anciens nazis. Dans la même mouvance amie on trouve, en Belgique, le parti séparatiste flamand VLAAMS BELANG, qui réclame l’amnistie des anciens collabos et dont le slogan est « Que la Belgique crève ! ». Aux Pays-Bas le modèle de référence du FN est le Parti Pour La Liberté qui compare le Coran à « Mein Kampf » et compte mener une croisade contre l’Islam. En Italie Marine Le Pen a sympathisé avec Mario Borghezio, le plus extrémiste des ex-ministres de la Ligue du Nord, capable de haranguer la foule à Orange – lors de la convention identitaire en octobre 2009 – en hurlant, la main droite levée dans la pure tradition fasciste. Enfin, en janvier 2011, la même Marine Le Pen a expliqué que JOBBIK était le parti hongrois le plus proche du FN, parti qui, accessoirement, dépêche chaque année des milices paramilitaires en uniforme noir pour terroriser les Roms dans différents villages du pays.

2- Le FN et l’ordre néo-libéral

La nature exacte d’un parti se révèle à l’occasion d’évènements particuliers. C’est dans le prolongement de la guerre de 1870 puis de l’affaire Dreyfus que le maurrassisme montre son vrai visage ; c’est sous l’occupation allemande en 1940 que se dessinent les lignes de fracture entre trois courants de pensée très différents : la pensée républicaine qui va nourrir la résistance, la pensée réactionnaire qui s’accommode tant bien que mal d’un ordre anti-communiste et l’activisme fasciste qui collabore activement. Alors, dans le contexte actuel, une question devient centrale : quelle sera l’attitude du FN face à la radicalisation inévitable et déjà amorcée de l’oligarchie dominante? La réponse est simple et malheureusement très prévisible. Elle renvoie à la lignée vichyste dans laquelle, nous l’avons vu, s’inscrit directement ce parti. Le FN sera un parti de la collaboration et de la capitulation. Il cédera rapidement face aux exigences de l’ordre capitalistique, des banques et des marchés financiers. Toute proportion gardée, on peut dire qu’il fera allégeance à Bruxelles, comme Pétain l’a fait devant l’ordre Allemand. Nous devons nous préparer à cette collaboration active et historiquement maintes fois rejouée entre l’obsession antisociale et anti-communiste de l’extrême droite et l’ordre totalitaire.

La menace totalitaire n’est plus dans notre époque moderne celle des bruits de bottes et des chars dans Paris. Elle a revêtu les habits nettement plus feutrés de la bureaucratie européenne mais a gardé l’aversion pour la démocratie parlementaire véritable, celle des parlements nationaux, et l’aversion pour la souveraineté des peuples, celle des États- nations.

Elle affectionne les mesures sécuritaires et, comme par hasard, elle en appelle très rapidement à l’état d’urgence …

 

Sources :

  • Petit manuel de combat contre le front national (Flammarion)
  • La confrontation. J Nikonoff ( Le temps des cerises)
  • Extrême  France. F Venner ( Grasset)    
  • Histoire de droites en France. J F Sirinelli ( Gallimard)
  • Le Journal « Tapage » (N°30 article de E Médard :  les jeunes du F.N)
  • La  droite de Michel Winock ( Ed Plon)
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