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  • Venezuela: la pensée mi-figue mi-raisin de la gauche intellectuelle*

     

    Par Romain Migus

    Le cyclone médiatique semble s ́être éloigné temporairement des côtes vénézuéliennes. Durant les trois semaines précédant l ́élection des députés à l ́Assemblée constituante, le Venezuela bolivarien a été à la Une de toutes les entreprises de communication internationales. Ce n ́est évidemment pas un hasard, il s ́agissait de créer un climat favorable dans l ́opinion publique pour justifier un changement de régime par la force. Celui ci n ́ayant pas eu lieu, et le Peuple vénézuélien ayant donné une légitimité par les urnes à l ́Assemblée constituante, en dépit du boycott de l ́opposition et des menaces qui pesaient sur les électeurs, le Venezuela disparaît progressivement de nos médias, laissant la place à l ́arrivée de Neymar au PSG et à celle d ́un bébé panda au zoo de Beauval.

    Comme les nuages se sont désormais retirés (attention tout de même à la queue du cyclone), nous pouvons désormais constater l ́ampleur des dégâts laissé par le typhon médiatique au sein de l ́opinion publique, et particulièrement parmi les sympathisants et militants de la transformation sociale. Le temps de rétablir la véracité des faits étant bien plus long que celui d ́énoncer des mensonges, il restera toujours un doute et une méfiance dès que l ́on recommencera à parler du Venezuela bolivarien. Il convient donc de revenir sur la légitimité de certaines sources d ́information.

    Depuis quatre mois, une opération de déstabilisation antidémocratique était en cours dans le pays caribéen. Elle s ́est accélérée dés que le président Maduro, analysant la crise politique dans laquelle était plongé son pays, décida de redéfinir le pacte social qui unit les vénézuéliens en convoquant une Assemblée constituante. L ́opposition vénézuélienne, au nom de

    la démocratie, décida de boycotter et d ́empêcher par tous les moyens la tenue de cet évènement électoral.

    Les tenants de la droite internationale ont tous manifesté une solidarité inconditionnelle avec leurs semblables vénézuéliens dans leur tentative de renverser le pouvoir. De Rajoy a Santos, de Uribe a Manuel Valls en passant par Peña Nieto et autres, aucun des dirigeants de droite n ́a conditionné son soutien à une quelconque critique de cette opposition, pourtant très peu démocratique. En revanche, dans certains secteurs de gauche, nous avons pu assister à des exercices de funambulisme politique voire à des attaques frontales contre la Révolution Bolivarienne au moment où celle-ci est attaquée de toute part.

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  • Nicolas Hulot : Casseroles pour les pauvres, vrais véhicules pour les riches

    Georges SPÖRRI

    Certains camarades pensent que Nicolas Hulot est un écologiste sincère. Ce n’est pas mon cas : je le considère comme une tirelire subventionnée par le capital et comme un précieux allié de la finance française qui a besoin de placer ses pions partout, y compris dans certains milieux "contestataires".

    Certains camarades ont été surpris de constater que, très tôt, bien avant d’être le favori des sondages, Macron a reçu des soutiens non prévisibles : Cohn-Bendit, Renaud, Robert Hue, Braouzek, Rugy, Pompilli, etc. Argument pourri des traîtres : il faut voter Macron dès le premier tour parce qu’il est le seul qui puisse précéder Marie Le Pen. Hulot a fait beaucoup mieux, pire si vous préférez : en soutenant le gouvernement Macron il est le principal contributeur de la confusion mentale massive qui a abouti à la victoire de LREM aux législatives, sur fond d’abstention massive et de désarroi de l’électorat "dominé-exploité".

    Les annonces d’Hulot sont là pour brouiller encore plus l’image de ce que sera le macronisme : un renforcement des dictatures du patronat et de la finance qui existent déjà plus un ethnocentrisme de classe décomplexé et un mépris affiché des populations les plus dominées et les plus exploitées (chômeurs, ouvriers, employés, fonctionnaires des catégories B, C et D...etc.). Le macronisme est une morgue hiératique qui assume sa nature et sa mission : résoudre la crise financière par la paupérisation absolue de 75% de la population et préparer le terrain à une répression policière-judiciaire brutale des mouvements sociaux éventuels (inévitables ?)...

    Certaines annonces d’Hulot sont comiques. Monsieur veut réduire la déforestation de 50% en 2020 et la stopper en 2030... Il ne parle bien sûr pas de la France où la forêt progresse à cause de la désertification rurale et des faillites ou suicides d’agriculteurs et de paysans. Il parle donc du monde entier, sur lequel il n’a aucune prise, surtout après que Trump s’est assis sur le traité COP 21.

    J’espère qu’un maximum de camarades sont suffisamment bien informés pour savoir que la proposition d’Hulot sur l’interdiction des voitures à essence ou gazole dès 2024 est une très mauvaise idée si cela s’accompagne de l’obligation d’acheter des casseroles électriques dysfonctionnelles qui ne serviront qu’à aller au travail (indispensable vu l’habitat dispersé) et au supermarché. Ces véhicules, minuscules, laids et chers qui n’ont que 200km d’autonomie le jour et 150km la nuit ne sont pas adaptés aux usages loisirs/vacances à cause de la durée du plein d’énergie (= 20mn ou 1h30)... Par ailleurs cela aboutirait à la généralisation de projets de vacances du type "avion low cost-hôtel" c’est à dire hyper polluants et cher. Pour les week end il faudrait forcément circuler en bus Macron qui, eux, ne seront pas électriques...

    Les bourgeois ne seront pas assignés à cette attaque contre la liberté individuelle en matière de circulation. Des super véhicules électriques américains (je ne cite pas la marque) ont une autonomie énorme (= 800 km) mais leur prix est scandaleusement élevé. Les professionnels de la route vont se défendre et obtenir des licences pour rouler en véhicules hybrides et les bourgeois rouleront en camping car de 2 tonnes qui, eux aussi recevront une dispense, de même que les fourgons des artisans. C’est un retour à l’ambiance des années 1945 - 1960 où seule la bourgeoisie connaissait les joies du voyage fréquent et des loisirs faciles à organiser ou à improviser.

    Enfin, j’ai un super scoop à vous communiquer : en plus d’être laides et chiantes, les voitures électriques détruiront la planète ! Extraction du lithium dans les salars d’abord puis dans certains fonds de la Méditerranée ensuite, transport du lithium par cargos panaméens qui polluent comme 55 millions de bagnoles, informatisation et électronique de bord utilisant des métaux, rares ou non, pas forcément recyclables, surproduction électrique la nuit lorsque ces véhicules seront en charge à domicile pendant 10 ou 12 heures...

    En définitive, cette idée de monsieur Hulot est un peu sadique. Priver les pauvres de liberté individuelle et de loisirs, routes et voyages-loisirs réservés aux riches : une caricature de l’abjection macroniste : ethnocentrisme de classe et régression !

    Georges SPÖRRI

    Nota Bene  : il y a d’autres solutions pour supprimer les hydrocarbures, solutions qui présentent moins d’inconvénients. Je les connais.

     

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  • LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET L’OPINION EURO-CRITIQUE

     

     par MS21

    Les USA retirent leur signature de l'accord de Paris sur le climatLes USA retirent leur signature de l'accord de Paris sur le climat

    Les USA retirent leur signature de l'accord de Paris sur le climat

    L’article de Pierre Lévy « Bravo Donald, et maintenant, c’est le moment de sortir de l’OTAN », paru le 30 mai 2017 (n°66) dans la revue en ligne RUPTURES (https://ruptures-presse.fr/actu/trump-climat-mansholt-juncker-tusk/), le site  (auto proclamé) progressiste radicalement euro-critique suscite de sérieuses interrogations au vu des affirmations avancées par l’auteur que l’on pourrait résumer ainsi :

    - le réchauffement climatique fait l'objet d'un "consensus" délibérément exagéré,

    - il convient de ne pas taire les aspects positifs d'un tel réchauffement qui crée de nouvelles terres cultivables en Sibérie par exemple, 

    - la sobriété écologique n'est que le faux-nez de l'austérité,

    - la pensée écologique traduit la haine refoulée de l'industrie et de la classe ouvrière,

    - elle consolide le concept de mondialisation pour mieux limiter toute revendication de souveraineté,

    - et au final elle ne représente qu'une pensée profondément réactionnaire conduisant à une régression anthropologique potentielle qui appliquée ne nous aurait jamais permis de sortir des grottes de Lascaux.

    Devant une telle charge polémique et outrancière, il semble souhaitable d'apporter un démenti aux affirmations péremptoires de l'auteur. Pierre Lévy indique qu'il n'a « aucune légitimité pour trancher le débat sur la réalité du réchauffement, ni sur son origine anthropique. Une majorité de scientifiques penche pour une réponse positive, même si le terme « consensus » est délibérément exagéré ». Il ne va pas jusqu'à décréter comme le fit Donald Trump que le réchauffement climatique est un « canular » ou à s'aligner sur Marine Le Pen qui déclarait il y a peu « je ne suis pas sûre que l'activité humaine soit l'origine principale du phénomène ». Mais le doute insinué par l'auteur sur l'idée d'un consensus scientifique délibérément exagéré pose indirectement la question du fonctionnement de nos institutions et au final celui de la démocratie. La France dispose de corps et d'institutions intermédiaires (Académie des sciences, CNRS, IFREMER, INRA, …..) dont la mission est d'éclairer le citoyen sur la science, de faire progresser la connaissance et de prendre position sur certains débats. Ce débat a eu lieu (à défaut d'y adhérer, faut-il au moins le signaler) légitimant à la fois les travaux du GIEC et concluant à la responsabilité des activités humaines non seulement sur le réchauffement climatique mais également sur la destruction de la biodiversité. Folie serait de nier tout autant les conclusions de ces institutions intermédiaires publiques et le constat sur la dégradation écologique de la planète.

    La « sobriété » prônée pour « la lutte pour le climat » peut être effectivement une justification de l'austérité imposée par l'oligarchie financière, mais elle est aussi une réponse aux politiques productivistes et au libre échange qui conduisent à la situation que l'on connaît. Mais cela ne suffit pas, la crise écologique et la crise sociale qui traversent nos sociétés sont indissociables l'une de l'autre, et la seconde réponse à apporter est la réduction des inégalités. Nous sommes bien loin de cette qualification méprisante d'avoir affaire à des « idiots utiles » selon les termes de Pierre Lévy pour qualifier celles et ceux engagés dans une telle réflexion. Par ailleurs, qui aurait la naïveté d'ignorer dans ce débat les enjeux géostratégiques des firmes et des grandes puissances capitalistes ? Cette réflexion écologique ne saurait être assimilée en aucune manière aux déclarations contradictoires des partis européistes comme le PS ou EELV qui posent la question de l'urgence écologique tout en adhérant aux politiques néolibérales de l'Union européenne dont les marques fondamentales sont le productivisme, le libre-échange, le développement des inégalités et l'austérité pour les classes populaires.

    Mettre ensemble dans le même sac le fait que le climat de connaît pas de frontières et la limitation des souverainetés des États reviendrait à mettre en parallèle de la même manière l'aviation civile internationale et la souveraineté des pays. Ceci n'a guère de sens et relève d'une « brève » de comptoir. L'enjeu est autre et mérite que l'on y accorde un peu de réflexion. La Conférence de Copenhague en 2009 fut un échec international enterrant par là même le Protocole de Kyoto. La Conférence de Paris (COP21) en décembre 2015 ayant  permis de  clarifier la situation sur le climat, le MS21 écrivait : « le mérite de la COP21 est d'avoir entériné au niveau international les enjeux liés aux changements climatiques et d'en préciser les objectifs pour en limiter les conséquences. Il est à nos pays de définir à présent quelles sont les trajectoires énergétiques, économiques et sociales pour y parvenir ».

    L'objectif reconnu est de ne pas dépasser une hausse de la température de la planète de plus de 2°C, voire 1,5°C. Il est reconnu comme illusoire actuellement de trouver un accord international sur la limitation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Face à un tel constat, c'est à chaque pays de s'engager volontairement pour une réduction des GES. Les engagements des États ne permettent pas d'atteindre l'objectif de 2°C et la trajectoire annoncée se situe sur une hausse de la température entre 3,5 et 4,0°C, avec toutes les conséquences environnementales, sanitaires, humaines et économiques à prévoir. Chaque pays est mis ainsi devant ses responsabilités. Donald Trump  l'a fait à sa manière et ne veut même pas entendre parler d'engagement international, ce qui est une constante dans la politique des États-Unis.  Pour la France, le MS21 ignore l'engagement du Président Emmanuel Macron. Le candidat de la France Insoumise mettait l'enjeu écologique au premier rang des préoccupations politiques en adoptant et en constitutionnalisant la règle verte, conduisant à la planification écologique. Faut-il pour cette raison  affubler à Jean-Luc Mélenchon le qualificatif « d'idiot utile » ?

    Au final laisser croire que la préservation de l'environnement (terme bien mal choisi par Pierre Lévy car le réchauffement climatique est déjà en cours ainsi que la destruction de la biodiversité), reviendrait à se laisser guider par une pensée profondément réactionnaire amène à penser que l'auteur de l'article se range dans la catégorie des « climato-sceptiques » ou qu'il soit un journaliste bien mal informé. Dans ce dernier cas, le MS21 suggère la lecture de trois ouvrages particulièrement éclairants : John R. McNeill (2010) Du nouveau sous le soleil. Une histoire de l'environnement mondial au XXe siècle, ed. Champ Vallon, A. Bernier (2012) Comment la mondialisation a tué l'écologie. Les politiques environnementales piégées par le libre échange, ed Mille et Une Nuits, et A. Pottier (2016) Comment les économistes réchauffent la planète, ed. Seuil. Le climato-scepticisme ne vient pas de nulle part mais fait partie d'une stratégie délibérée qui trouve ses racines notamment aux États-Unis dans une interprétation littérale de la Bible et dans le fondamentalisme du marché car pour eux le marché est une institution parfaite et cette règle ne souffre d'aucune exception. Or, le changement climatique signale une défaillance des mécanismes du marché et pour les tenants d'un tel fondamentalisme, c'est là une situation impossible : par conséquent le changement climatique ne peut exister.

    Enfin, au registre des "avantages", si Pierre Lévy souligne les  effets positifs du réchauffement climatique , « comme par exemple les millions d’hectares que le dégel sibérien rendrait cultivables », auxquels il aurait pu ajouter l'ouverture à la prospection pétrolière en zone polaire arctique, il faudrait mettre dans le second plateau de la balance les estimations de l'ONU qui prévoient l'exil forcé de 250 millions de personnes en lien avec les bouleversements du climat. Faudra-t-il construire des murs, à l'instar de ceux existants et en projet comme celui envisagé par Donald Trump entre son pays et le Mexique, pour protéger les souverainetés des pays ? Pierre Lévy se garde bien de s'engager dans cette réflexion qui nous sera imposée bon gré mal gré.

    Le radicalisme progressiste eurocritique n'a pas besoin de disposer d'un tel avocat

    ARTICLE DE PIERRE LEVY

    La décision annoncée par Donald Trump de sortir de l’accord de Paris sur le climat suscite un tollé sans précédent. Chacun sait que dans ces colonnes, on ne donne pas dans le soutien inconditionnel au maître de la Maison Blanche. Mais cette fois…

    Il l’a fait ! Donald Trump avait jusqu’à présent si fréquemment tourné le dos à ses promesses électorales qu’on désespérait qu’il tînt cet engagement-là. Finalement, il a eu le courage d’aller contre les objurgations des élites mondialisées (lire le compte-rendu du G7  du 26 mai dans l’édition papier de Ruptures), des partis installés, des médias les plus divers – bref, de l’idéologie dominante qui, sur le dossier « environnement », flirte carrément avec le terrorisme intellectuel.

    Le président américain a donc, le 1er juin, annoncé la sortie de son pays de l’accord « climat » signé à Paris. Ce faisant, il désespère tout ce que l’Union européenne compte de sommités, du président du Conseil, Donald Tusk, à celui de la Commission, Jean-Claude Juncker, de la chancelière allemande au président français. S’il ne s’était pas agi des États-Unis mais des îles Fidji, gageons qu’un corps expéditionnaire européen, alimenté en carburant bio, serait déjà En Marche pour rétablir la sacro-sainte défense de la planète.

    Il désespère également ces autres progressistes bien connus que sont Apple, Facebook, Google, Microdsoft, mais aussi Unilever, ConocoPhilipps et Exxon Mobil : toutes ces firmes avaient, au dernier moment, tenté de dissuader la Maison Blanche de commettre l’ « irréparable »…

    On n’a ici aucune légitimité pour trancher le débat sur la réalité du réchauffement, ni sur son origine anthropique. Une majorité de scientifiques penche pour une réponse positive, même si le terme « consensus » est délibérément exagéré. Mais là n’est nullement la question. (Au passage, notons que le dossier est toujours exclusivement instruit « à charge » : aucun des procureurs énumérant les effets négatifs dudit réchauffement n’imagine un seul instant se pencher sur des effets positifs – comme par exemple les millions d’hectares que le dégel sibérien rendrait cultivables).

    En revanche, il est permis d’analyser le contexte idéologique qui assène comme vérité obligatoire qu’il faut « prendre soin de la nature ». Les quatre éléments suivants mériteraient d’être largement développés. Résumons les ici drastiquement.

    Quatre éléments

    Un : la « sobriété » que sous-tend (explicitement pour certains, implicitement pour d’autres) « la lutte pour le climat » n’est que le faux-nez de l’austérité que tentent d’imposer les maîtres du pouvoir et propriétaires des capitaux (ce sont les mêmes). Et pour cause : leur système est arrivé à bout de course, et s’avère incapable de promouvoir un développement impétueux des forces productives. Du reste, l’amour de la nature est bien souvent la trace de la haine refoulée de l’industrie… et de la classe ouvrière. Dès lors, il faut aux dirigeants capitalistes un habillage idéologique présentable pour dissimuler leur impuissance.

    Deux : n’en déplaise aux innombrables « idiots utiles » qui psalmodient leur amour de la nature, la substitution des énergies renouvelables aux énergies fossiles (et au nucléaire) recouvre en réalité des rivalités et des ambitions géostratégiques, entre firmes mais aussi entre puissances. Car, pas de chance, une large part du pétrole et du gaz a été installée par Dieu – décidément distrait sur ce coup-là – dans des pays arabes et en Russie, ce qui n’est évidemment pas acceptable… Dépendre de Moscou, de Téhéran, voire de Riyad, voilà qui ne doit pas durer !

    Trois : le climat a ceci de particulier qu’il ne connaît guère de frontières. Ça tombe décidément à pic pour les adeptes de Bruxelles, Bilderberg et consorts qui rêvent de voir celles-ci effacées au plus tôt, afin de laisser place à une gouvernance globalisée. La lutte « contre le réchauffement » justifie en substance l’abolition, ou à tout le moins la limitation, des souverainetés.

    Quatre : l’impératif comminatoire enjoignant de « préserver l’environnement » s’apparente à la jadis célèbre formule des toilettes ferroviaires : veuillez laisser la planète dans l’état où vous l’avez trouvée. Une pensée profondément réactionnaire qui, si elle avait été appliquée dès l’origine par les sociétés humaines, nous cantonnerait encore aujourd’hui dans la grotte de Lascaux. Une régression anthropologique potentielle qui pose implicitement qu’on est allé « trop loin » alors même que les ressources de la planète seraient « limitées ». Ce qui fait l’impasse sur l’intelligence humaine : le même hectare cultivé en blé nourrit aujourd’hui infiniment plus de personnes que dans l’antiquité. Or nous ne sommes encore qu’au début de la préhistoire de l’humanité.

    Pour l’heure, on s’en tiendra là : c’est déjà mille fois plus que les oreilles sensibles – et alignées – n’en peuvent supporter.

    Et l’on se réjouira que les adeptes de la décroissance (et autres « croissances soutenables ») enragent ; et que leurs ancêtres se retournent probablement dans leur tombe, à moins que leurs bio-restes ne nourrissent déjà amoureusement les pissenlits.

    On a ainsi une pensée particulière pour Sicco Mansholt, l’un des premiers à populariser (en 1972) le rapport du Club de Rome prônant la décroissance. A ses moments perdus, le Néerlandais fut également vice-président puis président de la Commission européenne.

    En réfléchissant bien, l’OTAN pourrait bien redevenir « obsolète »

    Certes, Donald Trump a pris sa décision pour des raisons qui n’ont rien de philosophique, mais reflètent certains intérêts. Ces derniers intègrent la probable prochaine suffisance énergétique du pays, de même que la volonté affichée de préserver l’emploi des mineurs.

    En matière de justification, on en a connu de pires.

    Bravo Donald, et encore un effort : en réfléchissant bien, l’OTAN pourrait bien redevenir « obsolète ». Au vu de la réaction des dirigeants européens, tout espoir en ce sens n’est pas perdu…

    Pierre Lévy

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  • Qu’est ce que le « macronisme » ?

    par MS21

    Les dernières élections présidentielles et législatives ont vu l’arrivée en force de deux nouveaux mouvements  qui ont bouleversé le champ des partis traditionnels tels qu’ils structuraient la vie politique de la France depuis trente ans. Il s’agit bien évidemment de « La République  en Marche » d’Emmanuel Macron et de « La France Insoumise »  portée par J.L. Mélenchon.

    Le MS21

    Pendant cette période le MS21, après de nombreux débats, a opté pour un soutien critique à la FI. « Soutien » parce que, indéniablement, ce mouvement représente la seule organisation de masse qui porte une alternative crédible à l’ultralibéralisme triomphant,  aux dégâts qu’il induit sur le plan social, et aux risques majeurs de troubles systémiques d’ordre financier et guerrier. Mais « critique » parce que nous estimons – sans doute par peur d’effrayer un électorat encore frileux sur ces points - qu’une part non négligeable  de son programme (« L’avenir en commun ») ne répond pas de façon suffisamment claire à l’urgence du moment. Toutes les tergiversations autour de la question européenne ne peuvent en effet masquer la nécessité  d'une sortie rapide et unilatérale des instances multinationales (UE, euro, OTAN, FMI…) qui n’ont d’autre but que de discipliner le salariat des classes moyennes et populaires par la concurrence.

    Certains de nos adhérents se sont d'ailleurs impliqués dans la campagne de la FI, dont une camarade (Sylvie PILLÉ) s'est présentée comme candidate aux élections législatives dans la circonscription d’Aubagne (13). Son score de 15,57% dépassant celui obtenu au plan national par la FI -qui est de 11%- reflète l’intensité de son engagement et conforte notre positionnement.

    Le « macronisme »

    Qu’est ce que le « macronisme » ? Pour nous il ne s’agit que de la dernière étiquette collée sur le même flacon de bouillie néo-libérale que la classe dirigeante nous sert depuis plus de trente ans, dans sa forme encore plus financiarisée et encore plus vassalisée à Berlin, Washington et Bruxelles. Encore une fois, les médias dominants, le Medef et le lobby bancaire ont misé sur un candidat à l’apparence lisse et consensuelle mais dont la seule fonction sera la préservation scrupuleuse de leurs intérêts et encore une fois,  les classes populaires seront les premières ciblées avec de nouvelles contre-réformes sur le travail qui vont aggraver les précédentes. Dans cette perspective, les 309 moutons en marche du Parlement, prêts à voter comme un seul homme les mesures les plus réactionnaires ne feront pas un contre pouvoir bien efficace.

    En face, la France insoumise s’est battue avec peu de moyens mais avec la force honnête de ses convictions et de ses espoirs. Même si nous avons été déçus par les résultats nous sommes convaincus que cette bataille n’a pas été vaine et qu’elle donnera bientôt de belles résurgences à l’occasion des  luttes sociales et politiques à venir.

    La suite

    Il est impossible de savoir ce que l’avenir nous réserve à la suite de ces élections marquées essentiellement par un très fort taux d’abstention. Mais quelques éléments nous paraissent incontournables :

    En premier lieu, la gauche libérale est moribonde – beaucoup d’éléphants hollandistes du PS  ont subi le « dégagisme » - et c’est très bien ainsi. Car se réclamer de Jaurès et faire la promotion de la précarisation du travail est une malhonnêteté intellectuelle qui devait apparaître au grand jour. C’est fait.

    La gauche  communautariste et mondialiste est moribonde -  le PS tendance Hamon et tous les leaders de EELV ont fait des scores ridicules – et c’est tant mieux.  Car le fractionnement du corps social sur des principes d’appartenance ethnique, religieuse ou communautaire est une impasse politique comme l’est la dilution de l’Etat-Nation au sein d’une quelconque entité supra nationale et anti-démocratique. En conséquence, toute nouvelle organisation politique qui voudra être liée au peuple devra prendre en compte la double  dimension émancipatrice de la souveraineté et de la laïcité.

    Enfin, si la FI – fort de son groupe à l’Assemblée Nationale - veut devenir la nouvelle force politique crédible aux yeux des classes populaires, elle devra prendre en compte les deux points précédents et rappeler aussi  à ses militants que l‘engagement  politique ne se réduit pas aux temps survoltés des élections. Il passe par celui de la formation, du militantisme de terrain, et des contacts fraternels avec des formations politiques aux valeurs voisines qui souhaitent cependant garder leur identité. Dans ce cadre, le MS21 est ouvert à toutes les initiatives.

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  • Il y a cent ans… Printemps 1917: les États-Unis entrent en guerre, mais pourquoi ?

    Un chapitre du livre de Jacques R. Pauwels, ‘1914-1918 : La grande guerre des classes’, deuxième édition, Editions Delga, Paris, 2016

     

    En 1917, contre la volonté de l’écrasante majorité de la population américaine, les États-Unis font leur entrée en guerre et ce, aux côtés de l’Entente et contre l’Allemagne. Ils ne le font pas en raison des attaques des sous-marins allemands contre les navires tels le « Lusitania », et encore moins pour défendre la cause de la démocratie contre la dictature et l’injustice. Ils le font parce que l’élite américaine — à l’instar des élites européennes en 1914 — attend toute sorte d’avantages de cette guerre, par exemple, d’énormes bénéfices supplémentaires et plus de docilité du côté des travailleurs…

    1917 ne fut une bonne année pour aucune des nations belligérantes mais, pour les membres de l’Entente, elle fut à tout le moins catastrophique. Les principales raisons à cela furent les mutineries dans l’armée française, qui accrurent particulièrement la précarité de la situation militaire sur le front occidental, ainsi que la double révolution en Russie qui menaçait de mettre ce pays hors circuit en tant qu’allié. Ajoutez-y le fait qu’aussi bien les soldats que les civils en France et en Grande-Bretagne en avaient assez de cette misérable guerre et qu’ils aspiraient à la paix à tout prix et l’on comprendra que les autorités politiques et militaires de Londres et de Paris devaient se faire pas mal de soucis. Elles avaient voulu cette guerre et en avaient espéré beaucoup, elles voulaient absolument la gagner et, pour cela, elles avaient besoin du soutien de la population et, bien sûr aussi, de leurs alliés. Mais, en 1917, la victoire n’était pas encore en vue. On en était même très loin. Et que se passerait-il si on ne gagnait pas la guerre ? La réponse vint des événements en Russie et sous forme d’un avertissement macabre : la révolution !

    La seule lueur d’espoir, en 1917, du moins du point de vue de l’Entente, fut qu’en avril de cette année, les États-Unis déclarèrent la guerre à l’Allemagne, ce qu’on espérait depuis longtemps à Paris et à Londres. Cela pouvait évidemment prendre du temps avant que les troupes américaines ne débarquent en Europe afin de pouvoir renverser la vapeur au profit de l’Entente, mais au moins l’espoir d’une victoire finale pouvait enfin se raviver.

    Pour l’écrasante majorité de la population des États-Unis, toutefois, l’entrée en guerre de leur pays n’avait rien d’une lueur d’espoir. Les gens se rendaient parfaitement compte que cette guerre en Europe avait tout d’une catastrophe et que les civils et les soldats des pays belligérants ne désiraient plus rien qu’un retour à la paix. Les Européens voulaient sortir au plus vite de cette guerre, pourquoi les Américains voulaient-ils y entrer ? Et pourquoi devraient-ils aller se battre aux côtés des Britanniques et des Français contre les Allemands ? Et pourquoi pas aux côtés des Allemands contre les pays de l’Entente ? Le fait que bien des Américains se posaient de telles questions était dû aux facteurs suivants.

    Depuis longtemps, les États-Unis entretenaient d’assez bonnes relations avec les Allemands. Ce n’était pas l’Allemagne, mais la Grande-Bretagne, qui était l’ennemie traditionnelle et la grande rivale d’Uncle Sam. Les Britanniques étaient les anciens maîtres coloniaux contre lesquels, dans les années 1770, on avait mené une guerre d’indépendance et contre qui, plus tard, de 1812 à 1815, on avait encore été en guerre. (Cette guerre de 1812 s’était terminée par un traité de paix conclu à Gand.) Et, plus tard encore au xixe siècle, des tensions entre Américains et Britanniques se firent jour, entre autres, à propos de la frontière avec l’Amérique du Nord britannique, appelée Canada dès 1867, et à propos de l’influence et du commerce dans l’océan Pacifique, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes, et aussi en raison des sympathies britanniques avec les États confédérés lors de la guerre de Sécession. Jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il y eut à Washington des plans tout prêts pour une guerre contre la Grande-Bretagne.

    Les Américains ne voyaient pas non plus dans les Britanniques d’affables frères jumeaux « anglo-saxons », comme on voudrait parfois nous le faire croire. La majorité des Américains — au contraire de l’élite du Nord-Est du pays, constituée en grande partie de WASP — n’étaient absolument pas des « Anglo-Saxons », mais étaient originaires de toute sorte de pays en Europe, et surtout d’Irlande et d’Allemagne. En 1914, quand la guerre éclata en Europe, ces Américains d’origine irlandaise ou allemande avaient de bonnes raisons de croiser les doigts pour l’Allemagne et de souhaiter une défaite britannique. Mais, évidemment, beaucoup d’Américains étaient d’origine anglaise et sympathisaient par conséquent avec les Alliés.

    En ce qui concerne la France, après leur entrée en guerre, les Américains allaient y débarquer en agitant la bannière de « Lafayette, nous voici ! » C’était une allusion à l’aide française aux Américains à l’époque de leur guerre d’indépendance contre la Grande-Bretagne, aide qui avait été personnifiée par le marquis de Lafayette. Ce slogan faisait comprendre qu’à leur tour, les Américains venaient rendre aux Français un service qu’ils leur devaient.

    Mais pourquoi alors ne s’étaient-ils pas empressés de venir en aide à leurs chers amis français dès 1914 ? En réalité, une reconnaissance réelle ou supposée à l’égard des Français n’avait rien à voir avec l’entrée en guerre des Américains, d’autant que bon nombre d’entre eux étaient très religieux et n’avaient que peu de sympathie, voire pas du tout, pour cette république gauloise athée ou du moins anticléricale. Les protestants américains sympathisaient avec l’Allemagne, dirigée par les Hohenzollern, des luthériens, et les catholiques américains avaient un faible pour l’Autriche-Hongrie, dont la dynastie régnante, les Habsbourg, passaient depuis l’époque de la Réforme déjà (et de l’empereur Charles Quint) pour les grands champions du catholicisme 1.

    Quant à la Russie, cet empire était considéré par bien des Américains comme un bastion du monarchisme autocratique passé de mode et donc comme le contraire de la république démocratique qu’étaient les États-Unis, en théorie, du moins. Nombre d’Américains étaient par ailleurs des réfugiés de l’empire des tsars, par exemple des juifs et des Ukrainiens qui, à l’égard des Russes en général et du tsar et de son régime en particulier, éprouvaient à peu près les mêmes sentiments que les Irlandais à l’égard des Britanniques. À l’égard de l’Allemagne, d’autre part, aux États-Unis on n’affichait ni rivalité, ni aversion, ni hostilité 2. Et les nombreux Américains qui, comme Theodore Roosevelt, se considéraient comme faisant partie de la « race nordique », se sentaient proches de ces Allemands « aryens » présumés supérieurs.

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  • Reprise de la guerre froide du Golfe


     

    Le Qatar a annoncé dans la nuit du mardi 23 mai que son agence de presse QNA avait été piratée par une entité inconnue et qu’un faux communiqué attribué à l’émir avait été diffusé. Ce dernier affirmait que Tamim Ben Hamad Al-Thani s’était prononcé sur divers sujets sensibles mettant en cause ses voisins du Golfe. Ces déclarations, immédiatement relayées par des médias saoudiens et émiratis, ont provoqué un tollé dans la région, où une guerre médiatique bat son plein.

    Après une longue crise — plusieurs États du Golfe avaient même retiré leur ambassadeur à Doha —, les relations entre le Qatar et certains de ses voisins s’étaient améliorées à la fin de l’année 2014. Mais un obscur épisode de piratage de l’agence de presse officielle du Qatar (Qatar News Agency, QNA) vient menacer ce fragile rapprochement. Loin d’être anodine, cette affaire démontre combien les relations à l’intérieur du Conseil de coopération du Golfe (CCG) demeurent, malgré les formules de fraternité d’usage, fortement clivées.

    Dans la nuit de mardi 23 à mercredi 24 mai, QNA publiait sur son site Internet un communiqué faisant état du discours que l’émir aurait tenu lors d’une cérémonie de remise de diplômes organisée plus tôt dans la journée. Il aurait porté des jugement de valeur dépréciatifs sur divers acteurs, en particulier sur l’administration Trump, égratignée pour « ses problèmes d’ordre juridique ». De même, les relations avec les pays du Golfe : l’émir aurait affirmé que la base militaire américaine d’Al-Udeid que son pays abrite le protégeait « des ambitions négatives de certains voisins ». Enfin, le Hamas aurait été qualifié de « représentant légitime du peuple palestinien », tandis que les relations avec Israël étaient jugées « excellentes ».

    Comme pour renforcer la véracité de ces déclarations, le compte Twitter de QNA postait quelques minutes plus tard trois messages dont la tonalité était bien éloignée de la modération propre au langage diplomatique. Le premier rapportait une information du ministère des affaires étrangères selon laquelle l’émir allait convoquer une conférence de presse pour faire état d’un complot visant le peuple qatari. Le deuxième confirmait l’existence de ce complot et en imputait la responsabilité directe à l’Arabie saoudite, au Koweït, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et à l’Égypte. Le dernier message annonçait le rappel des diplomates qataris dans ces cinq pays et le renvoi dans les vingt-quatre heures des ambassadeurs de ces États en poste à Doha.

    Immédiatement après, plusieurs grands médias saoudiens et émiratis commençaient à reprendre en boucle ces informations. De façon quasi concomitante, les chaînes Al-Arabiya (Dubai) et Sky News Arabia (Abou Dhabi) se mobilisaient activement et coordonnaient leur grille de programme pour maximiser l’effet de polémique sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, des milliers de messages inondaient les fils de discussion, comme pour marteler la duplicité du Qatar dont la vision politique et le positionnement idéologique portaient un grave préjudice aux intérêts des pays du Golfe et du monde arabe en général. Enfin, signe de la dégradation des relations bilatérales, les EAU décidaient mercredi 24 au matin d’interdire la diffusion de la chaîne Al-Jazira sur leur sol et bloquaient l’accès à son site et à son application mobile.

    Côté qatari, la réponse ne s’est pas fait attendre. Le bureau de communication du gouvernement s’est empressé de publier un message pour éteindre l’incendie : « l’agence de presse du Qatar a été piratée par une entité inconnue » et « un faux communiqué attribué à Son Altesse a été diffusé ». Le ministère des affaires étrangères a posté lui aussi un démenti qui se terminait par la promesse de « prendre toutes les mesures judiciaires nécessaires pour poursuivre et juger les hackers qui ont piraté le site de l’agence de presse ».

    Les techniciens ont mis près de neuf heures à reprendre le contrôle du site ; puis le ministre des affaires étrangères, Cheikh Mohammed Ben Abderahmane Al-Thani a qualifié l’attaque de « crime électronique » et promis de trainer les auteurs du forfait devant les juridictions adéquates. Dans une allusion à peine voilée aux médias de la région qui avaient donné de l’écho à ce qu’il dénonçait comme une mystification, le ministre (à l’unisson des responsables de la presse locale qatarie interviewés par Al-Jazira) ne s’est pas privé de relever leur manquement à l’éthique journalistique.

    UN TIMING SURPRENANT

    La diffusion de cette fake story censée compromettre Doha survient quelques jours après la visite de Donald Trump à Riyad, et c’est peut-être là qu’on peut trouver l’origine et l’explication de cet épisode. Le voyage du président américain avait en effet été précédé d’une nouvelle salve de messages outre-Atlantique présentant le Qatar comme un État qui finance le terrorisme. Ces accusations, régulières chez certains médias américains, sont pour une bonne part orchestrées par des réseaux travaillant pour le compte du gouvernement des EAU (et d’Israël) dont l’aversion pour Doha semble tourner à l’obsession. Dans l’optique de diaboliser son voisin, Abou Dhabi a dernièrement débloqué des millions de dollars pour rémunérer des agences de presse ou financer certains leaders d’opinion, jusqu’à apparaître comme le pays étranger le plus dépensier en matière de lobbying à Washington.

    Or, le timing et l’enchaînement des faits laissent peu de doute quant à l’origine et l’objectif de la manœuvre. Le jour même de l’attaque informatique, une réunion entre lobbyistes et intellectuels auteurs de plus d’une douzaine d’articles fustigeant le double jeu du Qatar se tenait aux États-Unis. Dans les minutes qui ont suivi la diffusion des faux, Al-Arabiya et Sky News bousculaient leurs programmes pour mettre l’affaire en une de leur édition. Dès minuit, les correspondants étaient prêts, les invités prenaient place sur les plateaux ou en duplex (certains auraient même été prévenus deux heures avant les faits) et aucun crédit n’était accordé aux démentis provenant des officiels qataris. Les commentaires étaient tous similaires : l’hypocrisie du Qatar s’étalait au grand jour, sa proximité avec Israël trahissait la nation arabe et son rapprochement avec l’Iran ne pouvait qu’indigner et mettre en garde ses voisins du Golfe, notamment l’Arabie saoudite. Ce dernier point était particulièrement souligné, du fait de l’hypersensibilité saoudienne sur le dossier. Et comme pour mieux signifier la défaillance de Doha, la chaîne saoudienne Al-Ikhbariya passait un extrait du discours de Tamim ben Hamad Al-Thani à l’Assemblée générale des Nations unies où il déclarait que « l’Iran est un pays important et nos relations bilatérales se développent et évoluent constamment ».

    Sans mentionner la date du propos (septembre 2015), cette séquence opportunément redécouverte était destinée à montrer qu’à rebours de l’obsession anti-iranienne en vogue à Riyad et du discours offensif de Donald Trump quelques jours plus tôt où il assurait que Téhéran « finançait et entraînait les terroristes », le Qatar ne pouvait être considéré comme un allié fiable dans la confrontation vitale que mène le « front sunnite ». Dans l’esprit de ses initiateurs, l’objectif de l’opération était double. Il fallait d’abord rompre le lien fort que le roi Salman avait noué avec Doha en démontrant que le Qatar était inconstant dans son opposition avec l’Iran. Et dans la foulée, faire avorter la stratégie de normalisation des relations entre Doha et Washington, surtout après la réhabilitation que l’administration Trump avait notifiée à l’émirat quelques jours auparavant en l’encourageant à poursuivre sa lutte contre le financement du terrorisme.

    RAPPROCHEMENT AVEC LA TURQUIE

    Cette affaire ne va certainement pas arranger les relations à l’intérieur du CCG, mais il n’est pas sûr que les Émirats aient amélioré leur réputation auprès de la cour saoudienne. Le caractère planifié de l’opération est évident pour nombre d’observateurs, et l’utilisation de tels procédés pour nuire à l’intégrité morale d’un chef d’État avec qui le roi Salman est en bons termes ne peut que susciter méfiance. Plus largement, c’est la ligne politique des Émirats qui semble entrer en collision avec la nouvelle stratégie de défense de Riyad, et cette affaire pourrait être interprétée comme la manifestation d’un jusqu’au-boutisme émirati. Car si Salman a tourné le dos à l’intransigeance anti-Frères musulmans de son prédécesseur en consolidant son partenariat avec les forces issues de la confrérie (du Hamas à Recep Tayyip Erdogan) dans une optique de profondeur stratégique face à l’Iran, ce n’est pas le cas des dirigeants d’Abou Dhabi, et notamment de Mohamed Ben Zayed Al-Nahyane, considéré comme l’homme fort du pays. Ces derniers demeurent en effet réfractaires à toute forme de normalisation avec la galaxie des Frères musulmans et ses parrains régionaux et, soutenus par l’appareil d’État égyptien, s’activent tant au plan financier que médiatique pour déboulonner tout acteur influent se réclamant de l’islam politique au Proche-Orient.

    L’obstination à maintenir une sorte de désinformation autour du Qatar rappelle la stratégie déployée l’été dernier lorsque les médias émiratis avaient fait circuler de fausses allégations sur le coup d’État avorté en Turquie. Proches des milieux gullenistes, certains cercles et médias d’Abou Dhabi avaient relayé la rumeur selon laquelle Erdogan avait demandé l’asile en Allemagne dans le but de démobiliser ses partisans et de fournir à l’armée toutes les chances de réussir son coup de force.

    ÉVITER UNE NOUVELLE TEMPÊTE ?

    Il faut en dernier ressort considérer l’évolution de la conjoncture dans les autres pays arabes pour saisir la motivation de Mohamed Ben Zayed Al-Nahyane dans sa détermination face au Qatar. Qu’il s’agisse du Yémen, de la Syrie, de la Libye ou de l’Égypte, les deux émirats se livrent une guerre par procuration depuis l’éclatement des « printemps arabes ». Si Abou Dhabi a rapidement émergé comme chef de file de la « contre-révolution » qui a vu d’un mauvais œil toute mobilisation populaire contestant l’ordre établi, le Qatar (surtout dans la période de l’émir Hamad Ben Khalifa Al-Thani) a basculé dans une diplomatie d’engagement dans l’optique d’accompagner un tournant historique favorable à ses intérêts. La guerre des ondes à laquelle on assiste n’est donc qu’une nouvelle illustration de ce profond clivage — d’autant qu’il y a quelques jours, les manœuvres d’Abou Dhabi pour renforcer sa zone d’influence au Sud-Yémen (dont les forces constituent le second contingent de la coalition arabe derrière l’armée saoudienne) étaient vertement critiquées par Al-Jazira et des responsables qataris qui les qualifiaient de tentative de coup d’État.

    Du côté de Doha enfin, cette affaire risque de donner des arguments à la frange qui souhaite désormais répondre de manière plus énergique au Qatar bashing. Depuis l’accession au pouvoir de Tamim Ben Hamad Al-Thani, la tendance était plutôt à ne plus faire de vagues et à prendre le contre-pied de l’hyperactivisme qui était la marque de l’émir père. Mais face à la radicalisation des acteurs régionaux qui souhaitent nuire aux intérêts du pays, les autorités ne vont peut-être pas cantonner leur réponse au seul renforcement de la sécurité informatique des sites sensibles. À moins que le ministre des affaires étrangères du Koweït — très vite reçu par l’émir — parvienne à éviter au CCG une nouvelle tempête. En effet, si la famille royale Al-Sabah garde un lien fort avec Riyad, elle a toujours refusé de souscrire à l’isolement du Qatar, même au plus fort de la « crise des ambassadeurs » en 2014. Il y a fort à parier qu’elle s’active pour éviter que les lourds défis de la scène régionale — du marasme irakien au chaos syrien en passant par la chute du prix du pétrole — ne soient parasités par des considérations secondaires.

     

    Source: Orient XXI

     

    Nabil Ennasri

    Doctorant à l’Institut d’études politiques (IEP) d’Aix-en-Provence, il mène une thèse sur la politique étrangère du Qatar où il a effectué plusieurs séjours dans le cadre de ses activités de recherche. Il est l’auteur de L’énigme du Qatar, éditions de l’IRIS, mars 2013 et de Qatar, éditions De Boeck, octobre 2013.
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  • Décryptage détaillé des 8 ordonnances que Macron ne voulait pas dévoiler

    On comprend mieux pourquoi le calendrier annoncé par Emmanuel Macron prévoyait d’attendre après les législatives pour dévoiler le contenu des ordonnances sur le droit du travail : il est explosif.

    Le projet fuité va bien au-delà des éléments annoncés publiquement jusqu’ici. Il s'attaque notamment au contrat de travail, aux salaires, et à la santé et la sécurité au travail.

    Mais le gouvernement ne dévoile pas l'ensemble du contenu qu'il souhaite modifier et c'est même un objectif assumé pour "ne pas courir le risque de contraintes insurmontables au stade de la rédaction des ordonnances".

    Les sujets listés sont beaucoup plus larges que prévu et lui donnent une marge de manœuvre inédite pour modifier la quasi-totalité des droits des salariés en catimini pendant l'été. Les mesures qui concerneraient directement les Ingés, cadres et tech sont nombreuses : salaires tirés vers le bas, télétravail, plafonnement des indemnités prudhommes… 

    L'Ugict, CGT Ingés Cadres Techs, publie ici un décryptage détaillée de ces 8 ordonnances qu'Emmanuel Macron aurait préféré ne pas dévoiler avant les législatives.

    La méthode : les ordonnances

    Le projet de loi rendu public est celui qui va autoriser le gouvernement à légiférer par ordonnances sur un certain nombre de sujets. Le gouvernement est tenu de préciser dans son projet de loi les sujets sur lesquels il veut réformer par ordonnances, et le calendrier. Une fois la loi d'habilitation votée, il dispose d'un délai pour préparer ses ordonnances et les soumettre au parlement pour ratification. Sans attendre la ratification du Parlement, elles s'appliquent immédiatement.

    Ici, le choix retenu laisse la marge de manœuvre la plus importante au gouvernement avec :

    • un nombre de thèmes très élevé
    • un contenu très large, le projet de loi précisant que contrairement à la loi El Khomri, ces dispositions supplétives peuvent être en deçà des droits actuels.
    • un calendrier potentiellement long, pouvant laisser jusqu'à 1 an au gouvernement pour légiférer sans débat avec le parlement.

    8 sujets listés, qui donneront chacun lieu à une ordonnance soumise à ratification par le parlement

    ⁃ Renvoyer à l'entreprise de nouveaux sujets, la loi ne définissant plus que des dispositions supplétives, s'appliquant en l'absence d'accord. La liste de ces sujets est très longue, et couvre y compris des thèmes pour lesquels la loi, grâce à la mobilisation de l'année dernière, prévoyait qu'il était impossible de déroger par accord d'entreprise: le contrat de travail, le temps de travail, les salaires, la santé et la sécurité, et l’emploi

    • Plafonner les indemnités prudhommes en cas de licenciement abusif, sans aucune précision sur le montant du plafond [ Voir le détail ↓ ]
    • Etendre le référendum pour permettre l'adoption d'un accord contre l'avis des syndicats majoritaires. Les référendums introduits par la loi El Khomri ne pouvaient jusque là qu'être utilisés par les syndicats, l'employeur pourra désormais en déclencher Voir le détail ↓ ]
    • Redéfinir le rôle de l'accord de branche et réduire leur nombre Voir le détail ↓ ]
    • La "simplification" des institutions représentatives du personnel et la fusion entre délégué du personnel, CHSCT et comité d'entreprise dans une instance unique. Le projet va plus loin que prévu et prévoit à titre expérimental de fusionner aussi le Délégué Syndical [ Voir le détail ↓ ]
    • Renforcer les moyens du dialogue social avec des moyens en formation et en temps supplémentaire, et l'introduction d'une forme de chèque syndical [ Voir le détail ↓ ]
    • Renforcer le pouvoir de Conseils d'Administrations et "inciter" à une meilleure représentation des salariés dans les CA [ Voir le détail ↓ ]
    • Réformer l'assurance chômage  [ Voir le détail ↓ ]

     

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