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  • Obama envisage un conflit mondial (2/8)

     

    Par Michel Collon

    Quelle était la clé pour que les Etats-Unis parviennent à se maintenir comme unique superpuissance globale ? Contrôler l’Eurasie est la seule solution, affirma le stratège US Brzezinski dans son ouvrage Le Grand Echiquier (1997).


    2. La clé : comment contrôler l’Eurasie ?

    « L’Eurasie (Europe + Asie) demeure l’échiquier sur lequel se déroule le combat pour la primauté globale. (…) La façon dont les Etats-Unis ‘gèrent’ l’Eurasie est d’une importance cruciale. Le plus grand continent à la surface du globe en est aussi l’axe géopolitique. Toute puissance qui le contrôle, contrôle par là même deux des trois régions les plus développées et les plus productives. 75% de la population mondiale, la plus grande partie des richesses physiques, sous forme d’entreprises ou de gisements de matières premières, quelque 60% du total mondial. »(1) « Toute puissance qui le contrôle » : au lieu de laisser les autres nations décider librement de leurs relations commerciales et de l’usage de leurs richesses, Washington considère que toutes ces richesses doivent être sous son contrôle. Logique proprement impérialiste.

    Démocrates ou républicains, les stratèges US savaient depuis longtemps que la bataille décisive allait se jouer en Asie. Il fallait donc tout mettre en œuvre pour diviser et isoler les puissances de ce continent. Et Brzezinski pointait Pékin comme danger principal : « La Chine pourrait être le pilier d’une alliance anti-hégémonique Chine – Russie – Iran » (2) De même, l’ancien ministre US des Affaires étrangères Henry Kissinger justifiait ainsi les bombardements contre l’Afghanistan en 2001 : « Il existe des tendances, soutenues par la Chine et le Japon, à créer une zone de libre échange en Asie. Un bloc asiatique hostile combinant les nations les plus peuplées du monde avec de grandes ressources et certains des pays industriels les plus importants serait incompatible avec l’intérêt national américain. Pour ces raisons, l’Amérique doit maintenir une présence en Asie… » (3) La vérité sort de la bouche des vieux ! Ayant terminé leur carrière, Brzezinski et Kissinger peuvent se permettre un langage brutal, au contraire des responsables actuellement en fonctions. Eux doivent donc enrober leurs stratégies d’un habillage diplomatique.

    Ce n’était donc pas une surprise de voir l’administration Obama déplacer le centre de gravité de sa politique internationale vers l’Asie, dans une tentative, assez désespérée, pour isoler et affaiblir la Chine. Le politologue Mohamed Hassan a expliqué un des terrains de cette confrontation : « La Chine a un besoin vital de ressources énergétiques. Donc Washington cherche à contrôler ces ressources pour empêcher qu’elles atteignent la Chine. » (4) Aujourd’hui, la bataille pour contrôler les routes de l’Océan indien et les routes terrestres du continent asiatique est décisive : Washington veut avoir la capacité de bloquer l’accès de la Chine au pétrole du Moyen-Orient, au gaz de l’Asie centrale, aux minerais et aux ressources agricoles de l’Afrique. L’Océan Indien est la clé. Mais aujourd’hui, en 2015, la perspective qui donnait des cauchemars aux stratèges US est en train de se réaliser, et même à grands pas. Avec un solide axe Pékin – Moscou – Téhéran, l’Asie formerait cette grande puissance économique d’un attrait irrésistible pour le Japon, l’Inde, et même l’Europe. Les Etats-Unis seraient exclus du principal foyer économique et commercial mondial.

    La Chine redeviendra-t-elle le centre du monde ? Ce serait le déclin définitif pour l’Empire US. Beaucoup dépendra de la construction de la « Nouvelle Route de la Soie ».

    POUR SUIVRE : Saboter la Chine et sa « Nouvelle Route de la Soie » (à paraître lundi prochain)

    Notes :

    1) - Le Grand Echiquier, p. 59-61.

    2) Le Grand Echiquier, p. 263

    3) Henry Kissinger , Does America need a Foreign Policy ?, New York 2001, p. 111-112.

    4) La Stratégie du chaos, Investig’Action, Bruxelles, 2011, p 246.

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  • Obama envisage un conflit mondial (1/8)

    Le feuilleton de la rentrée
    par Michel Collon

     

     

     

    « La diplomatie ou la guerre. Bientôt. » Obama alerte : certains aux USA veulent attaquer l’Iran. D’où risque de conflit mondial impliquant Russie, Chine et Europe. Ceci déstabiliserait le système financier occidental. Que fera le prochain président ?

     


     

    1. L’irrésistible déclin des USA

     

    « Un rejet par le Congrès de l’Accord avec l’Iran ne laisserait à l’administration US (…) qu’une seule option : une nouvelle guerre au Moyen-Orient. » « L’Iran est un pays quatre fois plus grand que l’Irak, et trois fois plus peuplé. » « Le choix auquel nous faisons face est finalement entre la diplomatie et une certaine forme de guerre. Peut-être pas demain, ni dans trois mois, mais bientôt. » « Le système financier US serait forcé de rompre avec la Chine, principal acheteur de notre Dette. » (1)

    Dans cette série d’articles, nous allons examiner les implications d’un étonnant discours d’Obama, prononcé le 5 août et curieusement passé sous silence par les médias alors qu’il met en garde contre de possibles catastrophes. Au Congrès, le 8 septembre, les républicains bloqueront l’accord avec l’Iran. Mais Obama peine même à rallier certains démocrates. L’élite des Etats-Unis apparaît très divisée sur la stratégie à adopter. Est-ce nouveau ?

    Pas du tout. Cette division est apparue vers 2000. Au départ, un constat commun aux démocrates et aux néoconservateurs : les Etats-Unis sont en déclin. Dans son livre sur la stratégie impériale des Etats-Unis The Grand Chessboard (2), probablement le plus influent des cinquante dernières années, Zbigniew Brzezinski, ancien responsable de la politique internationale sous Carter, se montrait pessimiste : « A long terme, la politique globale sera de moins en moins propice à la concentration d’un pouvoir hégémonique dans les mains d’un seul Etat. L’Amérique n’est donc pas seulement la première superpuissance globale, ce sera très probablement la dernière. » (p. 267) 

    La raison ? « Le pouvoir économique risque aussi de se disperser. Dans les prochaines années, aucun pays ne sera susceptible d’atteindre 30% environ du PIB mondial, chiffre que les Etats-Unis ont maintenu pendant la plus grande partie du 20ème siècle, sans parler de la barre des 50% qu’ils ont atteinte en 1945. Selon certaines estimations, l’Amérique (…) retomberait à 10-15% d’ici l’an 2020. » (p. 267-8) 

    Pour rester la seule superpuissance, Brzezinski proposait donc un « impérialisme intelligent » : diviser les puissances rivales et les empêcher de former un front commun.

    Très opposés aux stratégies de Brzezinski, les néocons guidant George W. Bush proposaient par contre une stratégie de guerre généralisée (qui utilisera le 11 septembre comme justification). Cependant, leur plate-forme du Project for a New American Century (PNAC), élaborée entre 1997 et 2000, n’était guère plus optimiste : « Actuellement, les Etats-Unis ne rencontrent aucun rival mondial. La grande stratégie de l’Amérique doit viser à préserver et étendre cette position avantageuse aussi longtemps que possible (...) Préserver cette situation stratégique désirable dans laquelle les Etats-Unis se trouvent maintenant exige des capacités militaires prédominantes au niveau mondial. ». (3)

    Analysant ces deux options à la veille de la présidence Obama, nous écrivions en 2008 : « De toute façon, cet Empire ne deviendra pas pacifique. Tôt ou tard, il relancera des guerres à la Bush. Parce qu’en fait, l’élite US pratique un cycle d’alternance entre les deux options... » (4)

    Huit ans plus tard, allons-nous assister à une nouvelle alternance ? Pour comprendre la situation, nous allons examiner les différentes pièces du puzzle : Chine, Iran, Russie, Europe…

    Notes :

     

    1) http://www.washingtonpost.com/news/...

    2) Le grand échiquier : L’Amérique et le reste du monde [« The Grand Chessboard : American Primacy and Its Geostrategic Imperatives »], Bayard,‎ 1997.

    3) Project for a New American Century (PNAC), Rebuilding America’s Defenses, septembre 2000. 

    4) http://www.michelcollon.info/Quelle...

    POUR SUIVRE : La clé : comment contrôler l’Eurasie ? (à paraitre vendredi)

    Source : Investig’Action

     

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  • "Obama envisage un conflit mondial" : dès demain sur notre blog

     

    "Obama envisage un conflit mondial"

    Le feuilleton de la rentrée

    Une série d'articles signés par Michel Collon

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  • social Vs média, La Gauche et l’Euro, Déstabilisation en Equateur...

    Le Grand Soir
    Journal Militant d'Information Alternative

    « Reprise économique » et réalités de classes… Chômage, désindustrialisation, baisse des salaires
    Georges GASTAUD
    Trop faible pour créer de l’emploi durable et stopper la courbe ascendante du chômage de masse et de longue durée, la « reprise » annoncée de l’économie française (autour d’1 % à 1,6) n’a pas de quoi susciter l’enthousiasme dans les quartiers populaires. Outre qu’elle relève encore davantage de l’effet d’annonce que d’une réalité tangible, ses facteurs économiques seraient avant tout liés : A la baisse conjoncturelle du prix du pétrole qui, tôt ou tard, remontera... surtout si « reprise » mondiale il y a, donc (...) Lire la suite »
    Elections en Amérique latine : droits sociaux Vs monopoles médiatiques (La Jornada)
    Emir SADER
    Les scénarios électoraux se répètent et se ressemblent beaucoup dans les pays d’Amérique latine qui ont franchi l’étape postcoloniale : aux candidatures des gouvernements en place s’opposent toujours des adversaires de droite. Les premières s’appuient sur des politiques sociales redistributives et prétendent améliorer les conditions de vie des masses, les seconde s’appuient sur les monopoles médiatiques privés et tentent de manipuler ces mêmes masses. Il n’y a pas de doute : les gouvernements vénézuélien, (...) Lire la suite »
    Dwaabala Mauris nous a quittés.
    legrandsoir
    Dwaabala Mauris avait publié 116 articles sur LGS et plus encore de commentaires sur des articles publiés. Grand connaisseur des théoriciens marxistes, cet érudit exigeant faisait partie de ceux qui tiraient LGS vers le haut. On se sentait plus intelligent à le lire. Il était de ces lecteurs qui font LGS, ceux grâce auxquels les administrateurs se sentent parfois (en s’en réjouissant in petto) de simples transmetteurs d’éléments de réflexions, de savoirs, d’intelligence, offerts à des milliers (...) Lire la suite »
    Le Monde Diplomatique, septembre 2015
    Bernard GENSANE
    Aucun doute pour Serge Halimi, la primaire du parti républicain sera celle des milliardaires : « En 2012, MM. Barack Obama et Willard Mitt Romney avaient consacré environ 1 milliard de dollars chacun au financement de leur campagne présidentielle. Plutôt que de verser son écot à un candidat, le milliardaire new-yorkais Donald Trump a décidé d’entrer lui-même dans l’arène : « Je gagne 400 millions de dollars par an, alors quelle différence cela fait-il pour moi ? » Un autre milliardaire, M. Ross Perot, (...) Lire la suite »
    Insupportable
    ARIS
    Insupportable. La photo de ce petit enfant mort est insupportable. Cet enfant c’est l’enfant de chacune et de chacun d’entre nous. Cette vie si jeune, pleine d’espoir et de potentialités a été fauchée par la mort. Disons avant toute chose la dimension indicible de ce qui nous saisi devant cet inexorable, glaciale et terrible photo de l’Humanité assassinée. L’émotion, l’indignation, la colère sont respectables face à cela. Et pourtant il faut aller au-delà. Il faut aller vers le pourquoi. Ce fameux (...) Lire la suite »
    Dans la zone euro, il n’y a pas de place pour la démocratie et pour une alternative de progrès social.
    La Gauche et l’Euro : où est le problème ?
    Jérôme ROOS
    Beaucoup plus que de regagner le pouvoir gouvernemental pour sortir de l’euro, le défi pour la gauche grecque est de construire le pouvoir social susceptible d’appuyer une rupture radicale. Maintenant qu’Alexis Tsipras a démissionné, que SYRIZA a éclaté et que le premier gouvernement de gauche radicale en Europe a été mis à genoux en moins de six mois, vient le temps de la réflexion. Quels enseignements pouvons-nous tirer des expériences de ces six derniers mois ? Et comment se présente la lutte (...) Lire la suite »
    Un Eldorado pour les migrants, c’est possible ?
    Mouâd SALHI
    Les réfugiés qui migrent vers l’Europe pour fuir la guerre, l’extrême pauvreté font la une des médias. Hommes politiques, éditorialistes, associations essayent de trouver une solution à cet afflux massif. Pour les uns, « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », pour les autres, cette immigration est une aubaine face au vieillissement de la population. Jason Buzi, milliardaire américain, aurait trouvé LA solution miracle. Ce milliardaire ayant fait fortune dans l’immobilier veut trouver un (...) Lire la suite »
    Comprendre l’euro en 2015 par une interview de 2012
    Le bouleversement dans la représentations des possibles.
    Jacques Généreux
    Dans les quatorzes questions posées à Jacques Généreux, les quatre dernières traitent tout particulièrement de la question épineuse de l'Euro. Comme il se dit souvent tout et son contraire sur les positions de Jacques Généreux et du Parti de Gauche, le mieux pour bien éclaircir le sujet, c'est de lire la retranscription de cette partie de son interview. Cet article date de début 2012. La retrancription intégrale : http://www.miltha.lautre.net/2012/04/19/14-questions-a-j-genereux-retr... La (...) Lire la suite »
    Par décision du Conseil des ministres du 31 juillet : les militaires vont reprendre le Larzac.
    Gardarem lo Larzac
    Yann FIEVET
    Au fil de ses multiples renoncements à tenter d’infléchir le cours économique néolibéral de la société française, et tout au long des trahisons des idéaux de son camp supposé, François Hollande se paie les pires audaces. Nous y sommes désormais habitués et pourtant il parvient encore à nous surprendre après trois longues années d’un règne si soucieux de se couler paresseusement dans l’ère du temps. Le dernier avatar – mais probablement pas l’ultime – de cette mente dramatique décrépitude est intervenu au cœur (...) Lire la suite »
    Entretien avec João Pedro Stedile, membre du Mouvement des travailleurs ruraux sans terres (MST)
    « Au Brésil, les classes dominantes ont abandonné le pacte d’alliance passé avec Lula et Dilma » (Brasil de Fato)
    Brasil de Fato (BdF) : Quel regard portez-vous sur la scène politique brésilienne actuelle ? João Pedro Stedile (JPS) : Le Brésil se trouve dans une période historique très difficile et complexe. Les débats que nous avons menés au sein de nos assemblées de mouvements populaires nous ont conduit à observer que nous traversions trois crises majeures. La première est une crise économique. L’économie du pays est paralysée, elle connaît un manque de croissance dans le secteur de l’industrie, des signes de (...) Lire la suite »
    Le Grand Soir était présent au Remue-méninges du Parti de Gauche
    Médias contre médias.
    Maxime VIVAS
    Le dimanche 30 août 2015 de 9 h à 10h15, un des ateliers du Remue-méninges du Parti de gauche réunissait à l’Université Jean Jaurès de Toulouse, devant un public nombreux, Danielle Simonnet, responsable nationale du PG et ex-candidate à la mairie de Paris, Sara Serrano, représentante de la Tuerka (télé de Podemos) Frédéric Lemaire d’Acrimed et d’Attac et moi-même pour Le Grand Soir. Le thème était : Médias vs médias. Vous lirez ci-dessous un texte qui ne reproduit pas fidèlement ce que j’ai dit. En effet, (...) Lire la suite »
    La droite joue les cartes de la violence et de la déstabilisation médiatique par absence de projet politique...
    Le Venezuela lance la campagne des législatives
    Thierry DERONNE
    Ce village est un terrible résumé de ce que fut et de ce qu’est encore aujourd’hui, la Colombie d’Alvaro Uribe. Sauf qu’il se trouve du côté vénézuélien, à 300 mètres de la frontière et qu’il est ironiquement baptisé “La Invasión”. « Je fuyais les paramilitaires et je panique car ici je retrouve mes bourreaux » raconte un réfugié colombien. Avec ses caves secrètes pour cacher les victimes d’enlèvement, ses bordels où étaient violées des centaines de fillettes, “La Invasión” est aussi une des nombreuses bases de (...) Lire la suite »
    Peut-on imaginer le sort d´un groupe afro-étasunien qui aurait séquestré et torturé un policier états-unien ou retenu en otage 30 membres de la Garde Nationale ?
    Tentatives de déstabilisation en Equateur. Réflexion sur l´indigénisme occidental
    Romain MIGUS
    L´indien est–il bon par essence ? Précisons d’emblée que cette question est aussi absurde que raciste. Si les communautés amérindiennes d´Equateur, de Bolivie, du Brésil ou d´ailleurs étaient « bonnes par essence », cela supposerait que les gouvernements progressistes latino-américains admettent une hiérarchisation selon l´appartenance à un groupe ethnique. En effet, s’il y a de « bonnes » communautés au sein du patchwork national, c’est qu’il doit y en avoir des « mauvaises ». Heureusement, il n’en est (...) Lire la suite »
    Ce que disait la CGT lors de la création du Marché commun, l’ancêtre de l’UE
    Le 23 janvier 1957, l’Assemblée nationale, par 331 voix contre 210, émet un vote positif à l’établissement d’une "Communauté économique européenne" plus communément dénommée "Marché commun". Pour la CGT, aucune illusion à cette époque, "le Marché commun est un aspect de l’offensive internationale du Capital, l’alliance des pays de l’Europe capitaliste". Les élections législatives de janvier 1956 ont porté au pouvoir la SFIO, le PS d’hier. Guy Mollet, premier dirigeant national de ce parti devient président du (...) Lire la suite »
    Bernard Guetta, ou la « géopolitique » en Rafales
    FLOREAL
    « Pat Co », le grand Leader vénéré et bien-aimé d’Inter-Bobo-mais-pas-Coco, Miss Pascale Clark, l’anglomane de choc d’ « Alive » toujours flanquée de ses « kids », Bernard Guetta, le D.J. euro-formaté de la géopolitique de comptoir, ils sont tous de retour après deux mois de vacances* : et reconnaissons qu’ils n’auront pas été bien longs à nous faire regretter la grille estivale de France-Inter où, si le fond euro-béat, anti-coco, russophobe, atlantiste, néolibéral, n’a guère subi de variation saisonnière durant (...) Lire la suite »
    Inconséquences
    Jacques SAPIR
    Le débat qui s’est engagé au sujet de la possibilité, ou non, de constituer des « fronts » dans la lutte contre le système politique qui s’est constitué autour de l’Euro révèle les inconséquences d’un certain nombre d’intervenants. Ces inconséquences peuvent se situer au niveau de l’analyse, comme elles peuvent se situer au niveau de l’action politique. Ces inconséquences désarment ainsi les courants d’idées et les courants politiques, qui sont engagés dans le combat contre l’austérité et l’Euro. (...) Lire la suite »
    Invoquer le CNR est une tromperie : les ancêtres idéologiques du FN en étaient exclus
    La coupable attraction de Jacques Sapir pour le Front national
    Sébastien CRÉPEL
    Plus que ses arguments sur la sortie de l’euro, qui est un sujet de débat à gauche, c’est la complaisance de l’intellectuel envers le parti d’extrême droite et sa prétendue démocratisation qui choque, au travers de sa proposition d’un « front » incluant la formation de Marine Le Pen. Aux prises avec son père qui s’apprête à lui gâcher sa rentrée politique, Marine Le Pen a reçu un renfort inespéré. Un intellectuel respecté, réputé de gauche qui plus est, apporte sa caution à son entreprise de banalisation du (...) Lire la suite »
    Les lois Macron et Rebsamen sont à peine votées que la prochaine vague de régressions sociales se profile
    Thomas CLERGET
    Discrètement, le gouvernement prépare déjà une nouvelle offensive contre le droit du travail, dans la foulée des lois Macron et Rebsamen. Les milieux patronaux en rêvent depuis longtemps : que les règles de travail négociées dans l’entreprise, là où la pression sur les salariés est la plus forte, puissent s’imposer à la loi et aux conventions collectives. Ce rêve est-il sur le point de devenir réalité ? Pour plancher sur la question, le gouvernement vient de créer une commission, en partie composée d’ « (...) Lire la suite »
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  • Des histoires de dettes...

     

    Par MS 21

    Nous ne prendrons en considération que les dettes des Etats appelées aussi dettes souveraines.

    Comment réagissent les pays endettés? Que font-ils pour «s'en sortir»? A travers quelques exemples nous allons exposer diverses situations.

    Nous savons comment Philippe IV le Bel a résolu ses énormes difficultés financières: il a habilement intrigué contre l'ordre des Templiers pour les faire condamner comme hérétiques et ainsi accaparer leurs immenses richesses.

    Louis XIV a fait arrêter et emprisonner Nicolas Fouquet afin de confisquer sa fortune qui était colossale.

    En 1789, la dette de l'Etat est réglée grâce à la confiscation des biens du clergé.

    Les bolcheviks en 1918 ont déclaré qu'ils ne reconnaissaient pas les dettes contractées par le Tsar et les fameux emprunts russes sont devenus de vulgaires bouts de papier sans valeur.

    Façons autoritaires et efficaces de régler les ardoises....

    Par l'accord de Londres en 1953, les Alliés créanciers, Etats-Unis en tête, font des concessions très importantes aux autorités et aux entreprises allemandes endettées qui vont bien au-delà d'une réduction de dette. La raison est politique : c'est le début de la guerre froide, il s'agit de reconstruire une Allemagne forte dans une Europe puissante capable de faire barrage au communisme et de contrer l'influence de l'URSS. Les créanciers effacent les dettes quand ils y ont un intérêt.

    Mais certains pays ont payé rubis sur l'ongle leur dette: c'est l'histoire incroyable de Haïti. En 1804, Haïti, alors colonie française, proclame son indépendance et devient la première République noire du monde après les soulèvements des esclaves et la lutte armée victorieuse (bataille de Vertières) contre le corps expéditionnaire français envoyé par Napoléon 1er afin de rétablir l'esclavage. En 1825 la France «concède» l'indépendance à Haïti mais exige le paiement de 150 millions de francs-or en dédommagement de la perte de sa plus riche colonie: il faut indemmniser les colons et la métropole mais aussi laver l'affront! La jeune République paiera ...jusqu'en 1947! Même réduite à 90 millions, cette dette odieuse et illégitime a empêché tout développement économique faisant de ce pays le plus pauvre du continent américain.

    Prenons quelques exemples plus récents.

    En Equateur, dès son élection, le Président Raphaël Correa annonce qu'il mettra en place une commission pour un audit intégral de la dette. Le travail de la commission dura 14 mois et son rapport final fut publié en septembre 2008.

    Un audit n'est pas seulement un exercice comptable mais une appréciation de la pertinence des prêts, de l'utilisation des fonds alloués, de l'efficacité des investissements etc...La conclusion de la commission est claire: de nombreux prêts ont été accordés en violation des règles et constituent une dette illégitime. En novembre 2008, le gouvernement équatorien annonce qu'il cesse de rembourser la dette commerciale, il rachète en secret une bonne partie des titres vendus sur les marchés financiers et propose d'acheter les titres restant à 35% de leur valeur. C'est à prendre ou à laisser. Au risque de tout perdre les créanciers acceptent de vendre. En juin 2009, l'Equateur annonce publiquement qu'il a racheté 91% des titres.

    En conclusion, l'économie réalisée sur le service de la dette est de 7 milliards de dollars qui seront versés au budget de la santé et de l'éducation.

    En Argentine l'inflation et même l'hyper-inflation est un mal récurrent que tous les gouvernements ont tenté de juguler. Un des moyens utilisés par le Président Carlos Menem fut d'arrimer le peso au dollar et de déclarer, de façon tout à fait artificielle, la parité peso-dollar. Immédiatement l'inflation tomba à un taux à un chiffre et l'économie se porta plutôt bien pendant la décennie 1990. Mais la brutale remontée du dollar en 1998 met en difficulté toute la politique économique et monétaire du pays car pénalise fortement les exportations. L'Argentine entre en récession dès 1999: cette crise engendre des manifestations de chômeurs (les piqueteros), des protestations parfois violentes (28 morts en 2001) qui entraînent la chute de 5 présidents de la République en l'espace de quelques semaines. Cette crise se termine en 2003 par l'élection de Nestor Kirchner et d'un gouvernement favorable aux classes populaires.

    Si la dictature militaire (1976-1983) a laissé une ardoise d'environ 45 milliards de dollars, la dette était arrivée à 140 milliards juste avant la crise de 2001.

    Kirchner et Lavagna son ministre des finances, réussissent en février 2005 à renégocier la dette: réduction d'environ 70% d'une partie de la dette, reconversion d'une autre partie en bons du Trésor et un échéancier sur 42 ans.

    La situation de l'Argentine s'est stabilisée , le chômage a baissé , la coopération avec les pays voisins est active.

    L' Islande a connu une grave crise financière de 2008 à 2011, les dettes des banques étaient alors de 1000% du PIB ! Sept ans plus tard , l'Islande est sortie de la crise, a retrouvé la croissance. Comment? Y aurait-il une recette? Revenons en arrière....

    L'Islande est un tout petit pays européen de 328 000 habitants dont on ne parle guère ....En juillet 2009 le gouvernement islandais avait sollicité son adhésion à l'Union européenne pensant que faire partie d'un ensemble de plus de 500 millions d'habitants pourrait fouetter son économie en déclin. Mais en 2013 le nouveau gouvernement issu des élections d'avril a interrompu les négociations, car vu ce qui se passe en Grèce, il a compris que l'Union européenne ne leur apporterait rien de bon.

    Les 3 banques principales de l'île s'étaient engagées dans un processus à risque:

    elles attiraient des fonds d'épargne étrangers avec des taux d'intérêts surélevés et spéculaient avec cet argent sur les places financières du monde entier. Mais la bulle éclata, le système s'écroula et en 2008 les 3 grandes banques islandaises font faillite. Cette crise bancaire provoque une chute brutale de l'activité et une montée rapide du chômage qui atteint 9% de la population active.

    L'Etat recherche des emprunts pour relancer l'économie: les Pays nordiques , la Pologne et le FMI prêteront des capitaux mais les Islandais sont humiliés et l'appel au FMI est une autre humiliation car, sous la pression de l'Union européenne, l'aide du FMI n'est accordée que contre l'engagement de rembourser les épargnants européens – surtout britanniques et hollandais - ce qui représente environ 4 milliards d'euros! Le Parlement islandais accepte mais le peuple dit NON !

    Des milliers de personnes signent des pétitions, se rassemblent tous les samedis sur la place du Parlement* pour exprimer bruyamment leur colère : ceux qui ont gagné beaucoup d'argent en spéculant doivent accepter de perdre et ce n'est pas à nous, le peuple de rembourser !

    Suite à ces manifestations, le Président de la République n'a pas promulgué la loi votée au Parlement et se tourne vers le peuple. Il y aura 2 référendum l'un en mars 2010, l'autre en avril 2011. A chaque fois les électeurs disent non au paiement des dettes bancaires par l'Etat ( 93% de NON en 2010, 60% en 2011) et obligent les dirigeants à renégocier . Ce sera long et douloureux, les Islandais subiront une perte de pouvoir d'achat d'environ 30% ! Mais grâce à diverses mesures énergiques (nationalisation des banques, forte dévaluation de la monnaie, contrôle strict des échanges de capitaux, restructuration et allégement des dettes des petites et moyennes entreprises ….) l'Islande est sortie de la crise sans avoir coupé dans les budgets sociaux de la santé et de l'éducation. Maintenant, le PIB progresse de 2 à 2,5% l'an, le pouvoir d'achat retrouve son niveau de 2008, le chômage est redescendu autour de 5%, la balance commerciale est positive.

    Pourquoi la Grèce est-elle plongée dans une terrible crise humanitaire depuis 5 ans ? Parce qu'elle ne peut ni dévaluer, ni nationaliser ses banques, ni contrôler les mouvements de capitaux, ni prendre des mesures protectionnistes, ni monétiser sa dette ....les traités européens le lui interdisent!

    Pour «s'en sortir» il faudrait sortir de la zone euro et de l'Union européenne ! Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour dire que la construction européenne est un carcan et l'euro une camisole de force.

    *Place du Parlement au centre de Reykjavik : célèbre place, lieu de toutes les manifestations et où se trouve une plaque qui porte cette inscription: « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.» ( article 35 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen 24/06/1793 )

    On voit que la Révolution française a eu une forte influence jusqu'en Islande!

     

    Sources: Vive la banqueroute ! (François Ruffin , Fakir éditions )

    CADTM ( cadtm.org)

    L'Islande ( Michel Sallé, ed. Karthala)

    AAA ( damien Millet et Eric Toussaint, Seuil )

     

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  • AGIR POUR UN PLURALISME ECONOMIQUE

     

    LA PENSEE UNIQUE NEO-LIBERALE EST EN ECONOMIE CE QU'EST LE PARTI UNIQUE EN DEMOCRATIE.

     

    La pensée unique en économie est aujourd'hui la pensée néo-libérale qui privilégie la rationalité individuelle au détriment des classes sociales. L'analyse économique néo-libérale cherche à élaborer une théorie mathématique du marché pour faire de l'économie une science exacte. S'est surajoutée l'idée qu'il n'y a pas de problèmes qu'une bonne incitation financière ne saurait résoudre. Les deux mythes de cette pensée dominante sont ainsi créés, d'une part l'homo oeconomicus, individu cherchant à maximiser ses intérêts, d'autre part le marché compétitif modèle de la relation sociale.

     

     

    Le courant néo-classique s’incarne dans le courant dominant (« mainstream ») qui irrigue tous les champs de la vie sociale : croissance, salaire, retraite, chômage, pouvoir d'achat, impôts, services publics, commerce international, déficits publics, politiques environnementales, ……… Cette pensée dominante, qualifiée d'orthodoxe fournit non seulement une grille d'analyse unique et hautement contestable : elle a été incapable de prévoir la crise financière de 2008 qui offre une illustration exemplaire des réels dangers que font courir aux citoyens les mauvaises pratiques en sciences économiques. Peut-on oublier l'échec des économistes néo-libéraux, incapables de mettre en garde contre la crise de 2008 ?

     

     

     

    La pensée économique néo-libérale est imposée dans la formation universitaire de nos étudiants. Cette uniformité de la formation universitaire menace l’avenir de la pensée économique et le débat démocratique. A l'opposé du courant dominant orthodoxe, la part des économistes hétérodoxes, hors mainstream dans leur recrutement, a diminué de manière dramatique ces dernières années, passant de 18 % entre 2000 et 2004, à 5 % entre 2005 et 2011. Ceci signifie que sur 120 professeurs recrutés en économie pendant ces six années, on ne compte que 6 hétérodoxes, hors pensée dominante dans l'Université française. En 2015, sept ans après la crise, en dépit des critiques, les remises en question ont été inexistantes, l'orthodoxie a poursuivi comme si rien n'était. Pire encore : rien n'a changé dans les universités, on enseigne toujours la même chose et toujours de la même façon.

     

     

     

    Une des raisons du déclin de la pensée économique est aussi la collusion entre universitaires et employés des groupes financiers et capitalistes : de nombreux économistes se présentent comme universitaires alors qu’ils sont payés par des banques ou des groupes capitalistes. Ils sont les gardiens de la pensée néolibérale.

     

     

     

    L'alerte du refus du pluralisme économique fut donnée dès 1992 par une pétition dans l'American Economic Review signée par plus de 40 économistes prestigieux. En France, un groupe d'économistes français crée en 2009 l'Association française d'économie politique (AFEP) (http://assoeconomiepolitique.org/) qui demande dès l'année suivante la création d'une nouvelle section du Conseil national des universités (CNU), intitulée « Économie et société », distincte de la section « Sciences économiques » . Cette proposition d'une nouvelle section pour permettre le pluralisme économique fit l'objet en 2012 d'un appel dans le journal Le Monde. Après que les propositions aient été rendues publiques, l'AFEP rencontraient les autorités de tutelle du Ministère de l’Éducation nationale (Najat Vallaud-Belkacem) et du Secrétariat d’État chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (Geneviève Fioraso) dont les représentants annonçaient le 11 décembre 2014 officiellement la création d'une nouvelle section du CNU intitulée « Institutions, économie, territoire et société ». Le 2 janvier 2015, la secrétaire d’État, Geneviève Fioraso, se rétracte et annule la parution du Décret sous l'effet de pressions universitaires, notamment de l’économiste universitaire néo-libéral Jean Tirole, récent prix Nobel d'économie qui voit dans ce projet une « catastrophe pour la visibilité et l'avenir de la recherche en sciences économiques dans notre pays » qui « promeut le relativisme des connaissances, antichambre de l'obscurantisme ». La violence de la réaction à l'idée même d'un pluralisme des idées révèle ce qu'est le climat intellectuel en économie.

     

     

     

    Antonin Pottier dans son travail de thèse (« L'économie dans l'impasse climatique ») constate que les modèles mathématiques utilisés en économie sont peu reliés à la réalité. Cette déconnexion entre la science économique néo-libérale et les réalités matérielles l'invite à étudier un ensemble de questions liées à l'énergie, plus précisément quel rôle les économistes attribuent à l'énergie dans le processus du développement économique. Il observe notamment que les manuels de référence sur la croissance ne mentionnent pas le rôle des ressources ou de l'énergie dans la croissance. La question est tout simplement ignorée. Il en apporte une démonstration en consultant les titres des articles parus dans le Journal of Economic Growth depuis sa création en 1996, soit environ 240 articles. Aucun article n'examine le rôle de l'énergie et des ressources dans la croissance. Des articles sont consacrés au système politique et traitent de la « bonne gouvernance » celle qui assure la croissance. D'autres articles traitent des facteurs démographiques, de l'influence du commerce et de l'échange international, d'innovations techniques, de brevets, de progrès technique. Mais en dépit de cette profusion, nulle trace de réflexion sur la place et le rôle de l'énergie fossile alors que la question écologique et de la nécessaire transition énergétique font l'objet de multiples déclarations politiques sans réel changement.

     

     

     

    Ce problème est à mettre en lien avec le rôle prédominant que la pensée néolibérale fait jouer à la croissance. Le capitalisme a besoin de toujours plus de croissance de la production. Il en fait une nécessité, qui a priorité sur tous les autres problèmes, en particulier environnementaux.

     

     

     

    Pour le MS21, le pluralisme économique est une nécessité sociale et

     

    écologique. C'est également un garant pour la démocratie.

     

     

     

    Défendre le pluralisme en économie, c'est venir signer en ligne la pétition suivante sur le site de l'AFEP http://assoeconomiepolitique.org/.

     

     

     

     

     

    Pour en savoir plus :

     

     

     

    Collectif 2015.A quoi servent les économistes s'ils disent tous la même chose ? Manifeste pour une économie pluraliste. Ed. Les Liens qui libèrent : 110 pp.

     

    Jean-Claude Michéa 2010 Impasse Adam Smith, Ed. Flammarion, Champ Essais

     

    Antonin Pottier 2014. L'économie dans l'impasse climatique. Thèse d'économie dans la spécialité économie de l'environnement, CIRED, Paris : 553 pp.

     

    Laura Raim 2015. Police de la pensée économique à l'Université. Le Monde Diplomatique, juillet 2015

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  • Grèce : pourquoi la capitulation ? Une autre voie est possible !


    par Eric Toussaint et Philippe Menut

    Eric Toussaint analyse de manière critique l'attitude de Syriza en ce qui concerne la dette depuis 2010 pour expliquer comment le gouvernement grec en est venu à signer l'accord funeste du 13 juillet 2013. Une des explications fondamentales est la non prise en compte de l 'audit de la dette qui aurait pourtant permis, en suspendant son paiement, de ne pas se soumettre aux diktats des créanciers. Eric Toussaint présente un plan B portant sur la dette, les banques, l'austérité, la monnaie et la fiscalité.

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